L'Immaculée Conception et l'histoire du Salut..The Immaculate Conception and the history of Salvation

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Le 25 décembre 2005, dans la première année de son mandat comme successeur de Pierre, Benoît XVI publiait une encyclique sur l’amour chrétien: « Deus caritas est ». Pour atteindre la plénitude de cet amour, il rappelait que « des purifications et des maturations sont nécessaires ». On comprend habituellement que ce rappel concerne chaque individu dans son cheminement propre. Mais on oublie trop souvent que, dans la vision biblique, cela concerne aussi le cheminement du peuple juif d’abord, de l’Église et de toute l’humanité par extension. C’est ce qu’on appelle l’histoire du Salut.

Cheminement dans l’action trinitaire

C’est à l’apogée de l’histoire du Salut, du cheminement de son peuple, que le Messie advient. Cet avènement n’est donc pas fortuit ni accessoire; il est le résultat d’un cheminement qui implique toute l’humanité.

Dans la théologie chrétienne, on a cependant fini par faire abstraction de cette progression dans l’histoire, au moins partiellement, en insistant fortement sur la grâce rédemptive du sacrifice du Christ, le Messie, dont le vecteur est perçu, non seulement comme dirigé vers un avenir du Salut, mais comme la puissance rétroactive qui assure le Salut dans le passé tout aussi bien.

Cet accent mis sur l’action du Christ peut également contribuer à faire que l’on néglige l’action toujours initiatrice du Père, qui est à l’origine du projet de la Création tout comme de la Rédemption, et celle de l’Esprit Saint qui en est l’agent. De ce point de vue, l’Incarnation du Fils résulte de l’intention du Père et de l’action de l’Esprit. À Marie, l’Ange de l’Annonciation dit bien: « L’Esprit te prendra sous son ombre ».

Genèse toujours en cours de l’Humanité

Dans la Rédemption, Dieu ne rompt pas avec son projet de Création, il ne le redéfinit pas. Il adapte sa stratégie en fonction des choix de l’Homme. La logique initiale de son dessein n’est donc pas oubliée, elle est au contraire reformulée. Après sa Chute, l’Homme, cet Adam primordial, chef-d’oeuvre de son action créatrice, son image et sa ressemblance, est reconduit à un nouvel accomplissement, dans une union encore plus intime et définitive avec la divinité, dans le Fils incarné. C’est pourquoi Jésus, le Christ, est appelé le nouvel Adam.

Dans ce dessein primal, Dieu-Élohim a défini l’Homme, l’Adam, dans la dualité homme (!) et femme (!) – en hébreu: Zakar et NeQéBvaE, Gn 1 – et leur avait commandé: « fructifiez et multipliez et remplissez la terre et (la) conquérez et dominez… ». Ainsi le Fils, nouvel Adam, devait s’incarner comme le Fruit de l’humanité homme et femme – cette fois, AÏSh et AïShaE en hébreu, Gn 2. Si le Christ est le nouvel Adam, on pourrait alors dire que Joseph et Marie sont le nouveau AÏSh et la nouvelle AïShaE.

Et, comme le plan divin est loin d’être uniforme et linéaire, Marie est aussi qualifiée par la tradition chrétienne comme nouvelle Haoua/Ève: « la vivante ». La Création de la nouvelle Ève constitue ainsi le premier mouvement de la stratégie divine, car Marie deviendra la mère de celui qui se déclarera la Vie même.

Marie comme pivot de l’Histoire

Marie est, en quelque sorte, le pivot autour duquel est articulée la logique de la Rédemption et, pour cela, il faut toujours, selon la tradition chrétienne, qu’elle soit conçue sans trace de la Chute. Elle est Marie l’Immaculée.

Augustin l’avait déjà prévu:

De la Sainte Vierge Marie, pour l’honneur du Christ, je ne veux pas qu’il soit question lorsqu’il s’agit de péchés. Nous savons en effet qu’une grâce plus grande lui a été accordée pour vaincre de toute part le péché par cela même qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter celui dont il est certain qu’il n’eut aucun péché.

De natura et gratia (De la nature et de la grâce), XXXXVI. P.L., 44, col. 267.

L’Immaculée Conception de Marie se trouve par le fait même aux confins du concevable et même du politiquement correct aux yeux de plusieurs et c’est pourquoi le développement de la théologie immaculiste ne s’est pas fait sans heurts ni tiraillements. Avant la confirmation définitive du dogme par Pie IX en 1854, la question a fait l’objet de débats enflammés.

Débats théologiques

Un bon nombre des Pères de l’Église évoquaient déjà la notion d’« Immaculée Conception »: Éphrem, Ambroise, Augustin, les Pères grecs dans l’ensemble. Mais si l’on suit l’histoire du développement du concept, nous nous retrouvons toujours face à deux « camps », soutenant des positions opposées et souvent irréductibles.

On souligne souvent les positions apparemment contraires des dominicains et des franciscains sur le sujet, les franciscains étant favorables à la notion, les dominicains défavorables. La position de Thomas d’Aquin est ambivalente et il n’est pas le seul dans ce cas. Garrigou-Lagrange fait ainsi la nomenclature de certains des plus éminents contradicteurs de ce « privilège » qui serait celui de Marie:

Il faut reconnaître qu’au XII° et au XIII° siècle, de grands docteurs comme saint Bernard, saint Ansel­me, Pierre Lombard, Hugues de Saint-Victor, saint Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas, paraissent peu favorables au privilège […]

Garrigou-Lagrange, Réginald Fr., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, 2,2,2,3 (www.christ-roi.net/index.php/Garrigou-Lagrange,_Réginald_Fr.,La_Mère_du_Sauveur_et_notre_vie_intérieure)

Pour Garrigou-Lagrange, c’est que ceux-ci « n’ont pas assez considéré l’instant même de l’ani­mation ou de la création de l’âme de Marie, et qu’ils n’ont pas assez distingué, grâce à l’idée de Rédemption préser­vatrice, que Marie, qui devait encourir la tache hérédi­taire, ne l’a pas encourue de fait. Ils n’ont pas toujours assez distingué entre ‘debebat contrahere’ et ‘con­traxit peccatum’ ».

Si les protestants y sont contraires, c’est qu’ils s’interrogent sur la possibilité du libre-arbitre de Marie si elle est exempte du péché. À cet égard, la position de Martin Luther rejoindrait celle de Thomas, non sans que les injonctions  de sa pensée le placent dans un tiraillement encore plus aigu. Luther aurait affirmé que « Marie est la seule goutte soustraite par Dieu à l’océan du péché originel », mais il s’opposait à la célébration de ce privilège.*

(*Voir le cours résumé offert dans www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/luther-et-la-conception-immaculee-de-marie)

Enjeu du dilemme

Les subtilités théologiques nécessitées par la difficulté du sujet font ressortir le caractère polarisant de l’enjeu pivotal de l’apparition de la Vierge Marie dans l’histoire. En regard de son Immaculée Conception, l’irréductibilité foncière des positions peut s’illustrer dans le vis-à-vis des positions catholique et orthodoxe.

Le dogme catholique défini par Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854) proclame:

Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles.

Comme on le voit, « la puissance rétroactive » du sacrifice du Christ est affirmée d’emblée. Mais s’il est indéniable que le rayonnement du Sauveur incarné doit effectivement aller dans toutes les directions spatiales et temporelles, il ne faut pas qu’il soit le centre unique de notre attention; l’achèvement que constitue l’Incarnation doit aussi être vu comme le résultat d’une longue préparation qui fonde toute l’histoire du Salut.

C’est ce que les orthodoxes tentent de faire valoir:

Si la Sainte Vierge pouvait jouir des effets de la Rédemption avant l’oeuvre rédemptrice du Christ on ne voit pas pourquoi ce privilège n’aurait pu être étendu à d’autres personnes, à tout le lignage du Christ, par exemple, à toute cette postérité d’Adam, qui contribua de génération en génération à préparer la nature humaine assumée par le Verbe dans le sein de Marie. On ne peut séparer d’une manière absolue la Sainte Vierge dés le moment de sa conception par Joachim et Anne du reste de la postérité d’Adam. En l’isolant ainsi ne court-on pas le risque de déprécier toute l’histoire de l’humanité avant le Christ, d’abolir le sens même de l’Ancien Testament, qui fut une attente messianique, une préparation progressive de l’humanité à l’Incarnation du Verbe ? En effet, si l’Incarnation n’était conditionnée que par le privilège accordé à la Vierge « en vue du mérite de son Fils », la venue du Messie dans le monde pouvait s’accomplir à n’importe quel moment. Dieu pouvait, par un décret spécial qui n’aurait dépendu que de l’arbitraire divin, créer l’instrument Immaculé de son Incarnation, sans tenir compte de la liberté humaine dans les destinées du monde déchu ? Pourtant, l’histoire de l’Ancien Testament nous apprend autre chose : le sacrifice volontaire d’Abraham, les souffrances de Job, l’oeuvre des prophètes, toute l’histoire enfin du peuple élu avec ses ascensions et ses Chutes, n’est pas seulement un assemblage de préfigurations du Christ, mais aussi une épreuve incessante de la liberté humaine répondant à l’appel divin, fournissant à Dieu, dans cet acheminement lent et laborieux les conditions humaines nécessaires à l’accomplissement de sa promesse.

(clubchretien.free.fr/vierge_marie.html)

Les orthodoxes craignent un « déchirement » de la trame de l’histoire du Salut, la perte du « lien de solidarité historique avec les autres actes qui contribuèrent à préparer, au long des siècles, l’avènement du Messie* ».

(*Citation du théologien russe orthodoxe Vladimir Lossky. fr.wikipedia.org/wiki/Immaculée_Conception)

L’argumentation orthodoxe revient encore à la question du «libre arbitre» qu’évoquent les protestants, comme on peut le voir ici:

Le dogme de l’Immaculée Conception, tel qu’il est formulé par l’Eglise Romaine, déchire cette sainte continuité des justes ancêtres de Dieu qui trouve son terme final dans le Ecce ancila Domini. L’histoire d’Israël perd son sens intrinsèque, la liberté humaine est privée de toute sa valeur et la venue même du Christ qui s’effectuerait en vertu d’un décret arbitraire de Dieu, reçoit le caractère d’une apparition de « deus ex machina », faisant irruption dans l’histoire humaine.

Pour aller dans le sens de cet argument, on conçoit que, même sans le dogme de l’Immaculée Conception, l’Incarnation elle-même peut être taxée de « deus ex machina » si l’on ne prend pas en compte son lien intrinsèque avec l’histoire du Salut.

Par contre, on ne peut se limiter à ne voir qu’une progression sans coups vers l’Incarnation. Il faut, à un moment ou l’autre, un événement qui constitue l’avènement. Et nous revenons de facto au « Ecce ancilla Domini » de Marie. C’est cet acte de liberté d’une personne qui crée l’événement et permet l’avènement. Mais cet acte de liberté de Marie n’aurait plus aucun sens si son Fils n’avait pas fait lui aussi le sien: « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne »…, acte qui inaugure l’événement central, ultime et unique de sa mort et résurrection.

Il faut donc comprendre que le temps n’est pas le seul facteur impliqué ici. La grâce « prévenante » du Dieu trinitaire est toujours active. En son sein, passé, présent et avenir s’agencent de diverses manières et non pas seulement de façon linéaire, de sorte qu’en interprétant l’histoire, on doit y discerner à la fois les continuités et les ruptures, comme ce fut le cas pour la physique quantique. Celle-ci a été obligée de constater et donc d’admettre l’idée d’un « saut quantique », qui allait en contradiction avec l’énoncé de la physique classique s’appuyant sur le principe de continuité d’Aristote: « Natura non facit saltus » (la nature ne fait pas de saut).

L’irréductibilité reflétée dans la problématique du dogme de l’Immaculée Conception se situe donc aux confins du temps et de l’éternité et ne se résout qu’à l’intérieur de la dynamique trinitaire. On ne peut donc pas se limiter, pour expliquer le Salut, à la seule action du Christ, le Fils incarné. L’histoire du Salut résulte aussi de l’action initiatrice du Père et de l’action agente de l’Esprit Saint.

Voie de l’Esprit Saint

Cherchant une solution au dilemme de l’Immaculée Conception, Duns Scot propose l’idée que cette grâce est non pas libératrice mais préservatrice. Cet argument oblige la théologie à sortir d’un certain christocentrisme. La notion se retrouve, bien que peu relevée, dans la Constitution sur le dogme. Pie IX cite son prédécesseur Alexandre VII qui évoque la logique impliquée dans la proposition de Duns Scot:

[…] la Bienheureuse Vierge, comme ayant été, par la grâce prévenante du Saint-Esprit, préservée du péché originel […]

Constitution apostolique Ineffabilis Deus, première partie, article 2.

La grâce prévenante de l’Esprit de Dieu: N’est-ce pas l’Esprit qui traverse les temps et unit le commencement, l’instant présent et la fin?

Judith de Béthulia, la ville « vierge » *, se fait prophétesse de cette vision dans sa magnifique prière:

[…] c’est toi qui as fait le passé et ce qui arrive maintenant et ce qui arrivera plus tard. Le présent et l’avenir, tu les as conçus, et ce qui est arrivé, c’est ce que tu avais dans l’esprit. Tes desseins se présentèrent et dirent: « Nous sommes là! » Car toutes tes voies sont préparées et tes jugements portés avec prévoyance.
(Judith 9:5-6. Version Bible de Jérusalem)

(* Le nom de la ville où habitait Judith: « Béthulia », se rapproche du mot hébreu « betoulah » qui signifie « vierge ».)

Dans une vision historico-eschatologique, la « fin » est le moment révélateur du sens de tout le processus. Teilhard de Chardin l’avait appelé « point omega ». Wolfhart Pannenberg avait appliqué le terme de « prolepsis » à cette idée et il est vrai qu’à la fin tout sera révélé. Le Christ a dit: « Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres ». (Mt 16:27 )

N’est-il pas remarquable par ailleurs que le sommet de l’apparition de Marie à Fatima soit sa déclaration: « À la fin mon Coeur Immaculé triomphera »?

Mais si la fin est la révélation de tout le processus et l’accomplissement du dessein de Dieu, il ne faut jamais oublier que celui-ci est « déjà-là » aux origines, au « commencement » (Bereshit, en hébreu). La « prolepsis » implique que le commencement, le maintenant et la fin se superposent hors du temps linéaire et constituent pour Dieu, dans son Esprit, un « en même temps » transcendant le temps mais immanent dans l’histoire.

Dans le dessein de Dieu tout se tient et tout est relié.

Publié initialement sur le site Tendances et Enjeu, le mercredi, 7 décembre 2016
par Jean-Marc Rufiange

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On December 25, 2005, in the first year of his term as successor of Peter, Benedict XVI issued an encyclical on Christian love: "Deus caritas est". He recalled that to attain the fullness of love, "Purification and growth in maturity are called for." We usually understand this reminder as concerning each individual in his own journey. But we all too often forget that in the biblical view, this also concerns the journey of the Jewish people first, of the Church and all humanity by extension. This is what we call the history of Salvation.

Journeying in the Trinitarian action

It is at the apogee of the history of Salvation, of the journey of His people, that the Messiah arrives. This advent is neither accidental nor incidental; it is the result of a journey that involves all mankind.

In Christian theology, however, we eventually came to ignore this progression in history, at least partially, by strongly emphasizing the redemptive grace of the sacrifice of Christ, the Messiah, whose vector is perceived not only as directed to a future of Salvation, but as the retroactive power that ensures Salvation in the past just as well.

This emphasis on Christ's action may also contribute to our neglect of the ever initiating action of the Father, who is at the origin of the project of Creation as well as of Redemption, and that of the Holy Spirit who is the agent. From this point of view, the Incarnation of the Son results from the intention of the Father and of the action of the Spirit. To Mary, the angel of the Annunciation did, in fact say: "The Spirit will overshadow you."

Genesis of Humanity still underway

In the Redemption, God does not break from His project of Creation, He does not redefine it. He adapts His strategy in light of the choices of Man. The original logic of His plan is therefore not forgotten, it is on the contrary rephrased. After his Fall, Man, this primordial Adam, a masterpiece of His creative action, His image and likeness, is taken to a new accomplishment, in a yet more intimate and permanent union with deity, in the Son incarnate. This is why Jesus, the Christ, is called the new Adam.

In this primal plan, God-Elohim defined Man, the Adam, in the duality man (!) and woman (!) - in Hebrew: Zakar and NeQéBvaE, Gen 1 - and commanded them: "be fruitful and multiply and fill the earth and conquer (it) and dominate… ". Thus the Son, the new Adam, had to incarnate as the Fruit of humanity man and woman - this time, AÏSh and AïShaE in Hebrew, Genesis 2. If the Christ is the new Adam, then one could say that Joseph and Mary are the new AÏSh and the new Aish AïShaE.

And, as the divine plan is far from being uniform and linear, Mary is also qualified by the Christian tradition as a new Hawa / Eve "the living". The Creation of the new Eve thus constitutes the first movement of the divine strategy, because Mary will become the mother of the one who will declare himself as Life itself.

Mary as a pivot of History

Mary is, in a way, the pivot around which is articulated the logic of the Redemption and for that, she must always, according to Christian tradition, be conceived with no trace of the Fall. She is Mary Immaculate.

Augustine had already foreseen it:

We must except the holy Virgin Mary, concerning whom I wish to raise no question when it touches the subject of sins, out of honour to the Lord; for from Him we know what abundance of grace for overcoming sin in every particular was conferred upon her who had the merit to conceive and bear Him who undoubtedly had no sin.

De natura et gratia (On Nature and Grace), XXXXVI. P.L., 44, col. 267.

The Immaculate Conception of Mary is thereby on the confines of the conceivable and even of the politically correct in the eyes of many and that is why the development of the theology of the immaculate was not without its challenges and conflicts. Before the final confirmation of the dogma by Pope Pius IX in 1854, the issue was the subject of heated debates.

Theological debates

Many of the Fathers of the Church already evoked the notion of "Immaculate Conception": Ephrem, Ambrose, Augustine, the Greek Fathers overall. But if we follow the history of the development of the concept, we always find ourselves facing two "camps", arguing opposite and often irreconcilable positions.

Often cited are the seemingly contrary positions of the Dominicans and the Franciscans on the subject, the Franciscans were favourable to the idea, the Dominicans were adverse to it. The position of Aquinas is ambivalent and he is not alone in this case. Garrigou-Lagrange thus lists some of the most prominent opponents of this "privilege" which would be that of Mary:

It must be recognized that in the twelfth and thirteenth century, great doctors like St. Bernard, St. Anselm, Peter Lombard, Hugh of Saint Victor, Albert the Great, St. Bonaventure, St. Thomas seem unfavourable to the privilege […]

Garrigou-Lagrange, Reginald F, Mother of the Saviour and our inner life, 2,2,2,3 (www.christ-roi.net/index.php/Garrigou-Lagrange,_Réginald_Fr.,La_Mère_du_Sauveur_et_notre_vie_intérieure)

For Garrigou-Lagrange, it is that they "have not sufficiently considered the moment itself of the animation or of the creation of the soul of Mary, and they have not distinguished enough, thanks the idea of preservative Redemption, that Mary, who was to incur the hereditary stain, did not in fact, incur it. They did not always distinguish enough between 'debebat contrahere' and 'contraxit peccatum'".

If the Protestants are against it, it is because they question the possibility of the free will of Mary if she is exempt from sin. In this regard, the position of Martin Luther leans towards that of Thomas, placing him in an even more acute tension due to the injunctions of his ideas. Luther reportedly said that "Mary is the only drop subtracted by God from the ocean of original sin", but he was opposed to the celebration of this privilege.*

(* See summary course offered in www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/luther-et-la-conception-immaculee-de-marie)

Issue of the dilemma

The theological subtleties necessitated by the difficulty of the subject highlight the polarizing nature of the pivotal issue of the appearance of the Virgin Mary in history. In regards to her Immaculate Conception, the fundamental irreducibility of the positions can be illustrated in the vis-à-vis of the Catholic and Orthodox positions.

The Catholic dogma defined by Pius IX in the bull Ineffabilis Deus (December 8, 1854) proclaims:

We declare, pronounce, and define that the doctrine which holds that the most Blessed Virgin Mary, in the first instance of her conception, by a singular grace and privilege granted by Almighty God, in view of the merits of Jesus Christ, the Saviour of the human race, was preserved free from all stain of original sin, is a doctrine revealed by God and therefore to be believed firmly and constantly by all the faithful.

As seen, "the retroactive power" of Christ's sacrifice is affirmed from the outset. But if it is undeniable that the influence of the Incarnate Saviour must, in reality, go into all spatial and temporal directions, it must not be the sole focus of our attention; the completion that constitutes the Incarnation should also be seen as the result of a long preparation which bases the entire history of Salvation.

This is what the orthodox try to assert:

If the Blessed Virgin could enjoy the effects of the Redemption before the redemptive work of Christ we do not see why this privilege could not be extended to other persons, to the entire lineage of Christ, for example, to the whole of Adam's descendants, which from generation to generation helped prepare human nature assumed by the Word in the womb of Mary. We cannot separate in an absolute manner the Holy Virgin from the very moment of conception by Joachim and Anne from the rest of Adam's descendants. In Isolating her, do we not run the risk of depreciating the entire history of mankind before Christ, of abolishing the very meaning of the Old Testament, which was a messianic expectation, a gradual preparation of the humanity in the Incarnation of the Word? In effect, if the Incarnation was conditioned only by the privilege granted to the Virgin "for the merits of her Son", the coming of the Messiah in the world could be accomplished at any time. God could, by a special decree that would have depended on the divine arbitrary, create the Immaculate instrument of his Incarnation, without consideration of human freedom in the destiny of the fallen world? Yet, the story of the Old Testament teaches us something else: the voluntary sacrifice of Abraham, the sufferings of Job, the work of the prophets, the whole story finally of the chosen people with its ascensions and Falls, is not only an assembly of foreshadowings of Christ, but also a relentless test of human freedom responding to the divine call, providing God in this slow and laborious journey the human conditions necessary for the fulfillment of His promise

(clubchretien.free.fr/vierge_marie.html)

The Orthodox fear a "tearing" of the plot of the story of Salvation, the loss of the "historic bond of solidarity with other acts that helped prepare, over the centuries, the coming of the Messiah *".
(* Quote of the Russian Orthodox theologian Vladimir Lossky:  fr.wikipedia.org/wiki/Immaculée_Conception)

The orthodox argument comes back to the question of "free will" evoked by the Protestants, as shown here:

The dogma of the Immaculate Conception, as formulated by the Roman Church, tears apart this holy continuity of the righteous ancestors of God which finds its final term in the Ecce Ancila Domini. The history of Israel loses its intrinsic meaning, human freedom is deprived of its value and the coming of Christ that would take place under an arbitrary decree of God, receives the character of an appearance of "deus ex machina", breaking into human history.

In keeping with this argument, we conceive that, even without the dogma of the Immaculate Conception, the Incarnation itself can be accused of "deus ex machina" if we do not take into account the intrinsic link with the history of Salvation.

However, we cannot limit ourselves to only seeing a smooth progression without strokes towards the Incarnation. There must be, at one time or another, an event that constitues the advent. And we return de facto to the "Ecce Ancilla Domini" of Mary. It is this act of freedom of a person who creates the event and allows the advent. But this act of freedom of Mary would have no meaning if her Son had not also made His own: "Father, thy will be done and not mine", act which inaugurates the central event, ultimate and singular of His death and resurrection.

We must, therefore, understand that time is not the only factor involved here. The "considerate" grace of the Trinitarian God is always active. Within Him, past, present and future fit together in various ways, not always linearly, so that in interpreting history, we must discern at the same time both continuities and ruptures, as was the case for quantum physics. It was obliged to see and therefore to admit the idea of a "quantum leap" that would contradict the statement of classical physics based on the principle of continuity of Aristotle: "Natura non facit saltus"(nature does not make a jump).

The irreducibility reflected in the problem related to the dogma of the Immaculate Conception is therefore situated on the borders of time and eternity and can only be resolved within the Trinitarian dynamics. We, therefore, cannot limit ourselves, in explaining Salvation, as it being the sole action of Christ, the incarnate Son. The history of Salvation is also the result of the initiating action of the Father and of the agent action of the Holy Spirit.

Way of the Holy Spirit

Seeking a solution to the dilemma of the Immaculate Conception, Duns Scot proposes the idea that this grace is not liberating but preservative. This argument requires theology to break from a certain Christocentrism. The concept is found, although not much attention is brought to it, in the Constitution on dogma. Pius IX quoted his predecessor Alexander VII who evokes the logic involved in the proposal of Duns Scott

[…] The Blessed Virgin…was endowed with the grace of the Holy Spirit and preserved from original sin […] 
Apostolic Constitution Deus Ineffabilis, Part I, section 2.

The Preventative grace of the Spirit of God: Is it not the spirit that crosses time and unites the beginning, the now and the end?
Judith of Bethulia, the "virgin" city*, is a prophetess of the vision in her magnificent prayer:

[…] For you have made the past, and what is happening now and what will follow. What is, what will be, you have planned; what has been, you designed. Your purposes stood forward; "See we are here!", they said. For all of your ways are prepared and your judgments delivered with foreknowledge.
(Judith 9: 5-6. Jerusalem Bible version)
(* The name of the town where Judith lived, "Bethulia," approximates the Hebrew word "betoulah" which means "virgin".)

In a historical and eschatological vision, the "end" is the revealing moment of the meaning of the whole process. Teilhard had called it "point omega." Wolfhart Pannenberg had applied the term "prolepsis" to this idea and it is true that in the end all will be revealed. Christ said, "For the Son of Man is going to come in the glory of his Father with his angels, and, when he does, he will reward each one according to his behaviour." (Mt 16:27)

Is it not remarkable also that the pinnacle of the apparition of Mary at Fatima is this statement: "In the end my Immaculate Heart will triumph"?

But if the end is the revelation of the whole process and the fulfillment of God's plan, we must never forget that it is "already there" to the origins, the "beginning" (Bereshit in Hebrew). The "prolepsis" implies that the beginning, now and the end overlap outside of linear time and are to God, in His Spirit, "together" transcending time but immanent in history.

In God's plan everything fits and everything is connected.

First published on Tendances et Enjeu website, Wednesday, December 7, 2016
by Jean-Marc Rufiange

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Jean-Marc Rufiange