Sainte Anne… Je me souviens!

Photo de sainte Anne à Sainte-Anne-de-Beaupré

Photo de sainte Anne à Sainte-Anne-de-Beaupré

Anne, mère de Marie!
Anne, belle-mère de Joseph!
Anne, grand-mère de Jésus!

Une généalogie qui vous dit quelque chose?

Et sainte Anne, patronne du Québec, vous vous souvenez?

«Je me souviens» est pourtant la devise du Québec! Cette devise, elle est gravée dans la pierre de l'hôtel du parlement du Québec. Et elle a été sujette à bien des interprétations quant à son sens. Mais c'est difficile d'ignorer le sens que lui a conféré son auteur.

En 1883, Eugène-Étienne Taché, architecte de l'hôtel du parlement, fait graver cette phrase «Je me souviens» juste en dessous des armoiries du Québec. C'est un appel à se souvenir, en particulier des 24 personnages représentés par des statues de figures marquantes de l'histoire de la Nouvelle-France à la Confédération.

Cette devise fut employée officiellement par le gouvernement du Québec dès la fin du XIXe siècle, avant que les armoiries elles-mêmes ne l'arborent officiellement en 1939. Taché ne semble pas avoir laissé de document décrivant de façon explicite le sens de ces 3 mots.

Typique d'un sens donné à la devise proposée par Taché, citons ces paroles de Thomas Chapais, dans un discours officiel, du 24 juin 1895:

«…cette devise n'a que trois mots "Je me souviens", mais ces trois mots dans leur simple laconisme valent le plus éloquent discours. Oui, nous nous souvenons. Nous nous souvenons du passé et de ses leçons, du passé et de ses malheurs, du passé et de ses gloires.»

Comme Québécois, il est difficile de taire nos origines mystiques. On ne peut taire tout le bien que sainte Anne, patronne de notre province, a prodigué à la nation, dès ses origines. Son action, ses interventions, sa charité et sa bienveillance étaient palpables sur le terrain bien avant que nous ayons manifesté le désir de nous en souvenir comme nation.

Parmi ceux que Taché a choisis comme personnages marquants de notre histoire, relevons le témoignage de Mgr de Laval:

«Rien ne m'a aidé à soutenir le poids de la charge pastorale dans cette Église naissante que la dévotion spéciale que portent à sainte Anne les nouveaux arrivants dans ce pays.»

La basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, est située non loin de la ville de Québec. La première église fut construite en 1658 par des marins bretons, sauvés en mer par leurs prières à sainte Anne. Construite près du fleuve, elle est endommagée par les marées, et reconstruite en 1661. Les rédemptoristes de Baltimore (Maryland), puis de Belgique, vont prendre en main le sanctuaire dont la popularité ne cesse de croître. Elle a accueilli des milliers de pèlerins en près de 2 siècles. Pour répondre à ces besoins pressants, une plus grande église est construite en 1878, sur le site actuel de la basilique. Elle reçoit de Léon XIII le titre de Basilique mineure en 1886.

Cette basilique sera détruite en 1922 par un incendie. La construction de l'église actuelle est commencée en 1923 et achevée en 1962. En 1976, la nouvelle basilique est officiellement consacrée par le cardinal Roy, 100 ans après que sainte Anne fut nommée patronne du Québec. Elle est considérée aujourd'hui comme un des hauts lieux spirituels en raison des innombrables miracles qui s'y produisent: environ une quarantaine chaque année, en moyenne, des guérisons de cancer, de maladies rares, dépressions ou encore addictions. En guise de témoignage, voici celui d'une miraculée: «Croyez en sainte Anne, demandez-lui des faveurs. Elle sera là si vous êtes une personne sincère.»

Photo de sainte Anne à Sainte-Anne-de-la-Rochelle

Photo de sainte Anne à Sainte-Anne-de-la-Rochelle

Le 26 juillet 1949, le cardinal Roy s'exprimait ainsi:

«Lorsque les premiers colons de la Nouvelle-France élevèrent ici un sanctuaire dédié à la bonne sainte Anne, ils ne construisirent qu'une pauvre chapelle dans un tout petit village, mais la foi qu'ils exprimaient n'était pas seulement la croyance d'un village, ni même d'un peuple, c'était la foi de l'église universelle. Et c'est parce qu'ils avaient tous la même foi que les pèlerins sont venus ici d'année en année, toujours plus nombreux, de la province de Québec, de tout le Canada, et bientôt de toute l'Amérique.»

Mais qui est sainte Anne? On ne parle pas d'elle dans les évangiles, seulement dans le proto-évangile de Jacques. Cependant, la dévotion à sainte Anne se répand rapidement en Orient au Ve siècle. Le nombre d'églises qui portent son nom témoigne de la diffusion du culte qui lui est voué. Les célébrations de la fête de sainte Anne connaissent leur apogée aux XIV et XVe siècles. L'attachement profond que démontre le Québec à sainte Anne fait en sorte que le pape Pie IX la proclame patronne du Québec. Au 300e anniversaire du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, Mgr Roy, archevêque de Québec, a souligné la richesse spirituelle de la vénération envers sainte Anne:

«Sainte Anne occupe une place dans la chaîne des préparations divines au mystère de l'Incarnation. […] La dévotion à sainte Anne est un acte fondé sur les plus sérieuses considérations théologiques; la dévotion à sainte Anne est la plénitude de la foi en tout ce que l'Église enseigne sur la famille de Jésus.»

Avec la cathédrale d'Apt en France et la basilique de Sainte-Anne-d'Auray en Bretagne, la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré dans la région de Québec est un des principaux lieux de la dévotion à sainte Anne.

Apt

Lieu d'un événement inédit: la découverte du corps de sainte Anne de façon miraculeuse et tout à fait inattendue, alors que Charlemagne séjournait à Apt à l'approche de la fête pascale, après avoir rétabli la paix en Provence, suite à la défaite des Sarrasins.

Pendant la révolution, les reliques conservées à Apt ne furent pas profanées. C'est de la ville d'Apt que proviennent toutes les reliques de sainte Anne qui ont été distribuées, et qu'on peut voir et vénérer encore aujourd'hui. Ces événements ont fait naître dans la population en France les plus vifs sentiments de reconnaissance envers Dieu et une profonde dévotion pour sainte Anne. Charlemagne fut dès lors un des premiers serviteurs de la mère de Marie.

Sainte-Anne-d'Auray

C'est le coeur spirituel du diocèse de la Bretagne. Un lieu particulier et unique car il s'agit du seul lieu au monde où sainte Anne, mère de Marie, serait apparue dans l'histoire de l'Église. Et c'est sous Louis XIII que commence l'histoire des pèlerinages à Sainte-Anne-d'Auray.

Le 25 juilllet 1624, veille de la Sainte Anne, une dame apparaît à Yvon Nicolazic, jeune paysan breton, et le reconduit chez lui, flambeau à la main, en pleine nuit. La dame lui parle ainsi:

«Yvon Nicolazic ne craignez pas. Je suis Anne, mère de Marie. Dites à votre recteur que la pièce de terre appelée Bocenno, il y a eu autrefois, même avant qu'il n'y ait aucun village , une chapelle dédiée à mon nom. C'était la première de tout le pays. Il y a 924 ans et 6 mois qu'elle est ruinée. Je désire qu'elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin parce que Dieu veut que j'y sois honorée.»

Ainsi commençait la réalisation de la prophétie à Nicolazic de la «multitude en marche», multitude qui ne s'est pas arrêtée jusqu'à nos jours. 

Dès juin 1625 commencèrent les guérisons miraculeuses. La première messe y fut célébrée le 26 juillet 1625. Entre 1625 et 1684, 1277 miracles sont officiellement authentifiés. La basilique actuelle fut construite entre 1866 et 1872. Grâce à ses grandes dimensions, elle peut accueillir des pèlerins de plus en plus nombreux. Depuis le XVIIe siècle, des millions de pèlerins sont venus sur ce lieu supplier et remercier la mère de Marie.

Le pape Jean Paul II a visité le lieu en 1995. C'était la première fois qu'un pape mettait les pieds en Bretagne.

«Vivez l'espérance, mettez votre confiance en ce Dieu qui a fait alliance avec les hommes dans la personne de son fils Jésus. Une représentation de sainte Anne nous la montre faisant lire la bible à sa fille Marie. C'est une invitation à accueillir la parole de Dieu, de s'en imprégner pour en témoigner dans les réalités humaines…»

Aujourd'hui, le sanctuaire est le coeur spirituel du diocèse de Bretagne, accueillant entre 600 000 et 800 000 visiteurs, chaque année, ce qui en fait le sanctuaire le plus important de l'Ouest de la France.

Aurions-nous oublié cet héritage?

Dans un prochain document, je vous propose de découvrir une communauté paroissiale de l'Estrie qui maintient le cap. Il s’agit de la communauté paroissiale de Sainte-Anne-de-la-Rochelle qui manifeste encore sa dévotion à la patronne du Québec, et chaque année, elle est fidèle à faire sa neuvaine à sainte Anne, mais de façon bien spéciale!

Christian Leboeuf